Vendredi 16 février 2007
Le développement des médias communautaires est encore trop souvent vu par les journalistes comme par les annonceurs, porteurs d'un message d'enfermement plus que vecteurs d'universalité. Pour autant, l'analyse des comportements médias des personnes considérées comme des minorités relève avant tout d'un intérêt pour des problématiques spécifiques plus que d'une volonté de rester "entre soi". Pour preuve, le média internet, très dynamique sur cette cible car très "démocratique" et présentant peu de barrières à l'entrée , démontre l'intérêt  premier pour des  liens affinitaires concrets plus que pour des thématiques purement ethno-raciales ou religieuses.
Si on prend pour exemple, les populations noires, on peut voir dans le graphique ci-dessous que grioo.com (en vert), site généraliste s'adressant à l'ensemble de la "communauté", est beaucoup moins consulté que zouker.com (en bleu), site à thématique musicale s'adressant en priorité à des internautes afro-caribéens ou que seneweb (en rouge), site de la diaspora sénégalaise. Bien entendu, les médias purement thématiques, comme Latina en radio, ont plus de chances d'attirer une audience extérieure au coeur de cible mais cette raison est loin d'être la seule.

Ainsi, beurfm.net, site de la radio pionnière de la "communauté maghrébine" ou oumma.com, site d'informations sur l'islam ont a priori plus de chances de générer de l'audience qu'un support s'adressant aux Marocains résidant à l'étranger. Non seulement, la taille de la population intéressée est potentiellement plus importante mais le focus mis, dans la presse généraliste, sur les sujets relevant de l'islam ou de "l'intégration" élargit la taille des publics cible. Et pourtant, yabiladi, en bleu sur le graphique ci-dessous dépasse de loin l'audience de beurfm.net ou oumma.com.
Communautarisme direz-vous ? En navigant sur le site, vous constaterez qu'on y parle plus du Maroc que de sa diaspora. Il s'agit donc, en premier lieu, de suivre l'actualité politique, économique et sociale de son pays d'origine, un peu comme on l'a vu avec seneweb pour les Sénégalais.



La notion de communauté doit-on être considérée en termes de communauté d'intérêt que de communauté identitaire. Elle constitue un enrichissement, une demande spécifique à laquelle ne peuvent répondre des médias "de niche" comme il en existe sur la mode, l'automobile ou la décoration...
Cette diversité de canaux d'information peut aussi être une source d'inspiration pour les médias dits généralistes qui ne s'adressent peut-être pas à tous les publics comme ils le prétendent souvent.
Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Mardi 30 janvier 2007
Cibler les consommateurs en fonction de leur origine reste une démarche que peu de grandes entreprises osent initier en France. On ne peut dès lors que remarquer le lancement de l'opérateur mobile virtuel (MVNO) Mobisud, fruit d'une association entre Maroc Telecom (groupe Vivendi), SFR (même actionnaire de référence) et le groupe marocain Saham.
Ce projet innove en effet tant en terme de marketing de l'offre, que de communication et de stratégies médias.
Tout d'abord, Mobisud se veut " votre opérateur mobile France + Maghreb". A ce titre, il propose des formules attrayantes pour qui appelle régulièrement le Maghreb et veut utiliser son mobile, ce à l'exception des prix du roaming (appels émis et reçus à l'étranger) pour lesquels l'opérateur semble ne pas avoir donné satisfaction aux consommateurs qui se plaignent de leur énorme facture leur de leurs vacances "au bled" et utilisent souvent une puce locale.
Quoiqu'il en soit, les tarifs de Mobisud demeurent environ trois fois plus élevés que celui des cartes téléphoniques spécialisées Maghreb ou que celui des téléboutiques sans parler bien entendu de la voix sur I.P (par exemple Skype).
L'enjeu se situe donc partiellement ailleurs que dans la compétition tarifaire qui semble en effet ne jamais devoir s'arrêter avant extinction des acteurs du marché (il n'en demeure pas moins que le prix est évidemment le critère de loin le plus important pour les utilisateurs). C'est ici que réside l'originalité de la démarche Mobisud à travers la mise en place d'une véritable stratégie de marque.

Premier constat, l'image véhiculée est aspirationnelle. En effet, point de "blédards" ou de jeunes en survet sur les visuels mais des visuels avec des familles ou des jeunes tout ce qu'il y a plus de BCBG, rappelant plus le quartier du Maarif à Casablanca que Garges les Gonesse ou Barbès. Même si les jeunes générations sont le plus souvent nées en France et voit son niveau social s'élever, les racines de ces populations sont indéniablement populaires ; elles représentent désormais une grande diversité.
Les messages insistent eux plutôt sur le double ancrage France et Maghreb de la cible. Cette notion de Maghreb d'ailleurs, plus géopolotique qu'affective, définit clairement ce qui semble une sorte d'exteriorité du message. Ainsi, les affiches utilisent elles curieusement la troisième personne du singulier, comme si nous étions observateurs de la démarche. Tout cela renforce le scepticisme qu'on peut éprouver devant les "aspirations" de la campagne dont on se demande si elles émanent de la volonté de l'annonceur ou des attentes des cibles.
Nous touchons ici au dilemme d'une communication "ethnique" qui se doit d'éviter les stéréotypes alors que la publicité est justement l'art du cliché facilement identifiable. La finesse du réglage à opérer appelle dès lors quelque indulgence...

La stratégie médias choisie par le MVNO est elle aussi révélatrice de cette volonté de sortir des sentiers battus. A côté des médias communautaires, canaux privilégiés et souvent uniques des annonceurs "ethniques" traditionnels, la campagne se déploie en effet dans les médias "généralistes". Le constat opéré est en effet très pertinent, le consommateur "franco-maghrébin" est aussi un consommateur français comme les autres, utilisant les mêmes canaux d'information et de divertissement que les autres...ou presque ! En effet, le choix de Skyrock dans le plan média illustre bien le fait qu'il existe des affinités plus fortes avec certains supports et qu'il convient d'affiner cette connaissance. Quid du réel coût GRP (rapport entre le prix payé et l'audience observée) d'un spot TV quand on fait du marketing de niche ? Les résultats de ces campagnes, pour peu qu'on puisse en disposer un jour se révèleront très enrichissants.

C'est ce panachage entre traditionnel (sponsoring de concerts de raï ou d'événements communautaires) et expérimental (la journée de la diversité - ce genre d'événement concerne-t-il la cible ou ceux qui en vivent ?) qui matérialise la richesse de l'expérience.  A la clé, quelques fautes de goût ou de l'argent jeté par les fenêtres comme ce rallye des gazelles
sponsorisé par Mobisud et qui sent bon Neuilly Auteuil Passy.
En définitive, il est encore trop tôt pour faire le bilan d'une expérience intéressante mais dont on sent bien qu'elle s'adresse encore  à cette cible du bout des lèvres.
Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Jeudi 7 décembre 2006

Je dois avouer qu'au démarrage de Sopi, j'étais plus qu'hostile à l'idée d'introduire des dimensions religieuses dans nos enquêtes consommateurs. Athée, anticlérical, je me sens mal à l'aise avec les religions. De plus, la marchandisation des valeurs spirituelles reste tout de même un peu suspecte. Au demeurant, il nous est vite apparu que la culture musulmane exerçait une influence considérable dans les représentations de bon nombre de nos compatriotes quand elle n'avait pas un impact direct sur leur consommation, notamment dans le cas de l'alimentation halal.
Il nous a donc fallu comprendre un paysage riche, divers et complexe ; beaucoup plus que la vision ultra réductrice et la plupart du temps infamante véhiculée par les médias. Lors de nos divers entretiens, nous avons rencontré Mohammed Colin, co-fondateur du site internet d'information sur l'islam, saphirnews. Séduit par son ouverture intellectuelle et sa rigueur méthodologique, j'ai souhaité l'interroger sur les questions polémiques qui traversent la société française à propos de l'Islam. Rencontre avec un musulman comme on ne nous en montre pas à la télévision :

Q : Peux tu te présenter et nous parler de ton itinéraire ?


J’ai 28 ans. Mon enfance je l’ai passée à Dreux, dans un quartier populaire. Mon père est français catholique et ma mère est française d'origine algérienne. Vers l'âge de 12 ans, j'ai  entamé  une démarche spirituelle qui m'a conduit à m'engager au sein de la mosquée. C'est dans ce cadre qu’une section du mouvement des Jeunes Musulmans de France a vu le jour.

J’ai une formation initiale en infocom ( sciences de l’information et de la communication) qui m’a conduit à travailler en tant que, chargé de communication à France Telecom.  Je suis retourné sur les banc de la fac pour mener une formation de 3 ans en connaissance des banlieues et développement urbain qui a débouché sur un master de recherche sur les villes européennes et les nouvelles gouvernances à l’Institut d’Etudes Européennes.

Q : Es-ce l'influence familiale qui t'a conduit vers l'Islam ?

Au contraire, ma mère était très réticente quant à cet engagement que mon père acceptait mieux. C'est plutôt parmi mes camarades de classe que mes interrogations ont grandi. Vers l'âge de 10 ans, un "grand" du quartier m'a qualifié de "beur", je ne m'étais jamais pensé en ces termes. La forte présence maghrébine dans le quartier où je vivais m'a conduit à découvrir la religion musulmane.

Q : Justement qu'en est-il de ton sentiment identitaire ?

Je ne me suis jamais vu autrement que comme un français. La société française est devenue multiculturelle mais a encore du mal à accepter cette réalité. Le problème vis à vis de l'Islam n'est pas récent et trouve ses racines dans l'attitude des français vis à vis des musulmans en Algérie depuis le décret Crémieux au XIXème siècle. Il y a forcément un travail sur les mémoires à mener mais surtout pas de manière à nourrir le ressentiment mais de sorte à construire un avenir commun pouvant être radieux à condition qu’on apaise les mémoires.

Hormis le fait que je sois français de confession musulmane. Mon identité comme beaucoup de gens à de nombreuses facettes. Aujourd’hui, j’ai quelques inquiétudes. Il est certain que depuis le 11 septembre 2001, une islamophobie débridée a vu le jour mais il faut également voir que celui-ci a en grande partie succédée au racisme anti-arabe.

 

Q : Il n'en demeure pas moins que certains aspects de cette religion sont difficiles à accepter ici, notamment quant à la place de la femme dans la société ?

 

Une grande confusion demeure entre les pratiques patriarcales liées notamment à la culture maghrébine et l'Islam lui-même. En France, l'Islam traditionnel, encouragé et légitimé par l'Etat, est en grande partie un Islam Algérien et maintenant marocain. Les musulmans nés en France ont peu accès aux médias et aux interlocuteurs politiques. Ils sont pourtant porteurs d'une vision différente de la société.

Q : Ceux qui militent pour cet Islam français ou européen sont considérés par la majorité comme infréquentables. Que penses-tu par exemple des positions prises par Tariq Ramadan sur la lapidation des femmes ?

Tariq Ramadan n'est pas vraiment représentatif des musulmans de France pas plus que qui que ce soit aujourd'hui tant cette communauté est diverse mais il assume sa part européenne qu’il tente de concilier avec sa confession. Il touche principalement les non migrants des classes moyennes. Sur la lapidation : l’idée de moratoire a été bien perçue chez les musulmans en général. Le but poursuivi est de faire évoluer les choses sans rupture, ce qui est difficile à comprendre en France. Il faut partir des mentalités existantes pour instaurer le dialogue et être plus efficace. Il existe 2 niveaux de dialogues : celui, interne, portant sur les questions théologiques et celui qui traverse l’intérieur des sociétés. Aujourd'hui en France on continue de préférer les principes à l'efficacité.

Q : Il n'en demeure pas moins que certains principes sont extrêmement choquants et qu'on aimerait parfois entendre les musulmans s'en distancier ?

Les musulmans sont écorchés vifs à cause des attaques incessantes dont ils font l'objet. D’un côté, on les accuse de communautarisme et de l’autre on leur réclame de répondre de tout ce qui est accompli de néfaste par n'importe quel musulman dans le monde. Du coup, un certain enfermement peut effectivement voir le jour, surtout dans les catégories populaires. Pour elles, la religion offre un espace de partage et de convivialité qu'elles ne trouvent plus dans le reste de la population. D'où aussi, l'augmentation du nombre de conversions.

Q : Justement, qu'en est-il des mouvements de contestation de la shoah en cours d'histoire ou du darwinisme en biologie. Sont-ils répandus ?

C’est très minime. Mais au regard de la douleur que représente la shoah ce n’est pas pour autant insignifiant. Les manifestations de contestation de la shoah, du darwinisme émanent d’une minorité non éduquée. Elle est davantage motivée par une contestation de l’ordre scolaire que par la tentation du négationnisme.. En ce qui concerne le darwinisme, même si des intellectuels tels que Mohammed Arkoun et Rachid Benzine apportent une nouvelle lecture du coran qui privilégient l’usage d’outils propres aux sciences humaines, il est clair que la lecture de l’islam est très majoritairement créationniste. Pour autant, ces phénomènes demeurent très minoritaires même s'il est impossible de les quantifier.

Q : Est-il possible de connaître la diversité de l'Islam en France, se radicalise-t-il ?

Bien que la mosquée dans un quartier réunisse toutes les classes sociales, il reste difficile d’opérer une cartographie de l’islam de France, les éléments sont très mouvants. Le soufisme est plutôt l'apanage des élites. Quant au  salafisme, il est en train de supplanter le Tabligh dans certains quartiers. Le prestige de ceux qui sont partis étudier dans le monde arabe est énorme. Je comprends les inquiétudes vis-à-vis du salafisme qui offre une lecture littéraliste mais sous sa forme shaykhiste ça n’aboutit pas au terrorisme. Ce qui sont allés combattre en Irak ont suivi des itinéraires très particuliers. Le problème est que cette stigmatisation renforce le phénomène. La radicalisation obéit aux même mécanismes que celui des sectes.  Ça aboutit par exemple aux refus d’envoyer leurs enfants dans les écoles primaires. Quantitativement, quand le phénomène existe dans un quartier c’est rarement plus de 3 familles par quartier. Cette façon de voir est combattue par les vieux et par les femmes musulmanes elles-mêmes. Certaines femmes, par exemple, portent le voile mais luttent contre ces tendances.

Q : Parlons du voile, qu'est-ce qui explique son développement alors qu'il était rare jusqu'au début des années 90?

Il est indiscutable que le retour à la pratique religieuse est massif. Le voile comme protection est un mythe, les filles ont plutôt des problèmes avec leur famille quand elles veulent le porter. En fait, la plupart des ouvrages qui étaient disponibles sur la pratique de l’islam recommandaient le voile. Cette lecture est aujourd'hui dominante. La pratique religieuse est issue d’une recherche identitaire et l’accès aux ressources religieuses s’est fait à partir d’une influence wahhabite.

On essaie de comprendre les phénomènes alors qu’ils sont en cours, on manque de recul pour poser des analyses rigoureuses. Il faut donc être très prudent et ne pas tirer de conclusions à la hâte. De peur d’enfermer les gens dans des catégories qui ne correspondent pas au réel.

Q : Peut-on conserver les valeurs de la République dans ce contexte ?

Le sens du contrat social qui unie les citoyens est certainement à renouveler. Bien sûr, on doit plus que jamais continuer à se battre pour les deux premiers principes du triptyque républicain à savoir :  liberté et égalité. Mais nous devons également accorder de la place à la fraternité. Elle est réclamée de toute part. Anthropologue de formation, je suis naturellement très attentif aux paroles échangées par les jeunes dans les bus, le RER, au Kebab du quartier. Et je suis sans cesse stupéfait par le nombre de fois que revient l’expression : « mon frère ». Le plus étonnant c’est qu’elle est aussi bien employée par les garçons que par les filles. A noter aussi que la  confession n’entre pas en jeu. (Même si c’est aussi l’expression favorite des jeunes musulmans en France.) Il faut être attentif aux nouveaux mots qui entrent en circulation. Ils peuvent en effet porter des ruptures et des prescriptions sur le réel. Il reste cependant à les traduirent politiquement, mais l’espace politique manque. En tous les cas, les hommes qui animent les institutions républicaines se doivent de redonner du sens à la fraternité. Les religions y compris l’islam mais aussi tous les autres groupes humanistes peuvent y apporter leur concours.

Le repli communautaire existe comme partout ailleurs, y compris chez les élites mais son évolution dépendra de l’attitude des pouvoirs publics. Si le radicalisme se développe c’est parce qu’on veut maintenir les religions en marge de la société. Ce qui est ressentie par bon nombre de musulmans comme de la mauvaise foi, car la société est perçue par ses symboles et ses temps (saints du calendrier, congés scolaire de Pâques, Noël etc.) comme judéo-chrétienne avant d’être laïque.

Il faut redonner de la complexité aux choses et porter attention aux représentations.

Par exemple, quand une société est violente, on l’essentialise par le fait musulman. Il est certes plus facile de mobiliser au nom du fait religieux mais la religion ne suffit pas à expliquer les tensions régnant dans le monde. On instrumentalise en permanence le religieux.

Q : Parallèlement il semble se développer un business de l'Islam ?

Les mouvements du type « frères musulmans » (international et centralisateur) ont dominé le XXème siècle puis se sont effondrés. Aujourd’hui les seuls mouvements présents agissent à partir d’objectifs nationalistes et sont circonscrits à des lieux géopolitiquement très complexes (Proche-orient). Cette situation aidée de la mondialisation a laissé les acteurs à leur propre destin. Un grand nombre d’entre eux se sont donc lancés dans le business. Le halal ou la finance islamique sont les manifestations d’un monde qui semble donner une place à chacun.

Q : Quel objectif as tu poursuivi en créant saphirnews ?

Saphirnet puis saphirnews ont pour objectif de créer un média qui rompe avec les stéréotypes régnant sur les musulmans de France. Le challenge est de parler à la fois à plusieurs sensibilités musulmanes et  ne pas s’enfermer dans le communautaire pour être audible auprès des gens à références diverses. SaphirNews.com souhaite donc témoigner  du pluralisme qu’il y a chez les musulmans et par-là enrichir l’offre éditoriale et le débat public en France.



Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Lundi 27 novembre 2006

Le marché de l’ethno-cosmétique  demeure le plus évident parmi les marchés "ethniques" dans la mesure où il ne relève pas d'une construction sociale mais d'un phénotype.

Le nombre de personnes d’origine antillaise ou africaine (y compris les personnes originairs du Maghreb aux cheveux très frisés ou crépus ou à la peau sombre) est estimé, en France, entre 3 et 4 millions d’individus.

Il s'agit donc d'un marché de toute évidence considérable.

Il convient donc de prendre en considération cette clientèle particulière (femmes noires et métissées) de par son nombre et ses besoins spécifiques : types de cheveux et de peau.

De plus, le métissage croissant des sociétés occidentales, ainsi qu’une augmentation de plus en plus visible du pouvoir d’achat des populations noires et métissées, notamment les femmes installées depuis plusieurs générations, pourraient encore changer la donne dans les prochaines décennies.

 

Au-delà de la dimension relative à l’origine des consommatrices, il est nécessaire de prendre en compte leurs habitudes de consommation. Plus clairement, il est question ici de faire la différence entre une femme qui se défrise et une autre qui conservera ses cheveux naturels. En effet, ces deux femmes n’auront pas les mêmes pratiques en matière de soin du cheveu. Pour cette raison, elles auront évidemment des besoins bien spécifiques car cheveux défrisés d’un côté et naturels de l’autre nécessitent un entretien qui leur est propre. Ainsi,  les femmes qui adopteront le premier style seront clientes de produits dits « chimiques », tout en étant vigilantes sur leur risque ; les autres défendront la philosophie « à cheveux naturels, produits naturels ».

Dans ce registre, plusieurs associations, comme Boucles et Coton, ont monté leur site internet et mènent différentes actions afin de promouvoir le retour aux cheveux naturels, plus sains et plus « identitaires ».

 

A l’intérieur de ce segment de marché qu’est la cosmétique ethnique, regroupant lui-même plusieurs composantes (capillaire, maquillage, soin du visage), nous distinguons différentes vagues, différents mouvements, différentes approches.

Par exemple, nous constatons que les femmes noires ou métissées trouveront satisfaction davantage auprès des marques spécifiques, dans le domaine du maquillage, car celles-ci maîtrisent mieux les différences de peau : teinte et texture.

En revanche, nous notons l’effet inverse pour le soin de visage où les marques généralistes prennent le pas sur les spécifiques. Elles y trouvent leur bonheur sans pour autant rester fidèles à telle ou telle marque.

 

Dans tous les cas, une tendance lourde se dégage, les femmes noires ou métissées affectionnent particulièrement la notion de changement pour leurs produits de soin ou en ce qui concerne leur coiffure ; elles aiment changer de tête, changer de look. Et cela se ressent forcément dans leur mode de consommation.

 

 

Marques spécifiques et marques généralistes à l’affût de ces besoins

 

Conscientes de la dynamique du marché, les marques généralistes (L’Oréal, Estée Lauder, Nivéa, Garnier…etc) et spécifiques (Iman, Kanellia, Black Up, Black Opal, Mela’Aura…etc) adoptent chacune les stratégies qui leur semblent être les meilleures pour conserver ou conquérir cette cible de femmes si avides de produits répondant à leurs besoins.

 

Nous notons par exemple qu’en matière de capillaire, les marques spécifiques renforcent leurs gammes de produits pour répondre aux besoins croissants et/ou nouveaux besoins de leurs consommatrices. Cela se vérifie notamment dans leur volonté de modérer la présence du « chimique » en proposant des produits moins agressifs pour le cheveu. Elles tenteront donc par la même occasion de rivaliser avec les produits 100% naturels et ainsi de garder leurs clientes ou encore d’en conquérir de nouvelles.

 

Les marques généralistes quant à elles expriment, comme nous l’avons souligné plus haut, une certaine volonté d’attirer les consommatrices aux cheveux crépus, frisés et bouclés ; de vraies richesses pour ces géants !

Pour atteindre leurs objectifs et séduire ce segment de consommatrices, toutes les méthodes sont les bienvenues. Par exemple, elles ont recours à des castings multiculturels, comme dans la dernière campagne pour les shampooings Dop ; ou encore, elles introduisent de plus en plus de produits « exotiques » dans la composition de leurs différentes lignes de produits : shampoing au Henné, au Karité à l’huile d’avocat…etc. Même si ces marques ont décidé de s’engager sur ce marché, nous avons plutôt tendance à penser qu’elles le font de façon indirecte et suggestive. En effet, afin de ne pas perdre leurs clientèles habituelles et acquérir une nouvelle clientèle aux besoins spécifiques en introduisant ces nouveaux composants, les grandes marques de cosmétique adressent ces produits aux personnes ayant des cheveux secs et frisés, ou alors aux brunes. Elles savent que le potentiel est très fort auprès des femmes noires ou métissées mais ne l’affirment pas haut et fort car craignent de froisser certaines de leurs clientes qui ont encore l’esprit « étroit » sur le sujet.

 

Comme pour  le soin du cheveu, deux grandes tendances se rejoignent en maquillage et soin du visage:

- les marques généralistes étendent leurs gammes de couleurs pour mieux satisfaire les femmes métissées et noires, essentiellement pour les fonds de teint.

- les marques spécifiques elles aussi souhaitent toucher une plus large clientèle et conçoivent des fonds de teints plus clairs adaptés.

Dans les deux cas de figure, les marques utilisent des castings multiethniques afin de prouver que leurs produits correspondent à toutes les carnations et à tous les types de peaux. On pourrait presque comparer les démarches des deux types de marques comme une bataille à celui qui touchera le plus de femmes, qui sera plus représentatif de la diversité ethnique.

Les circuits de distribution

 

Hier encore, l’essentiel de l’offre ethno-cosmétique, comme toute l’offre « ethnique » en général, échappait aux circuits de la grande distribution et restait géré par des circuits parallèles. Cette situation a rapidement évolué au cours des dernières années.

En effet, même si les quartiers à forte concentration de population immigrée des grandes villes françaises restent tout aussi prisés comme par exemple à Paris : de Barbès à Strasbourg St Denis en passant par Belleville ;  les marques savent que le consommateur d’aujourd’hui compare les prix, fréquente une multitude de magasins et est de plus en plus critique face à ses achats, est à l’affût de produits au meilleur rapport qualité prix : « moins chers, mais tout aussi bons » et cette cible « ethnique » n’échappe pas à cette règle.

 

C’est pourquoi la place donnée au segment cosmétique ethnique prend de plus en plus d’ampleur dans les grands magasins comme Sephora ou Marionnaud. Certaines marques spécifiques se sont installées dans ces boutiques très fréquentées où l’on peut même bénéficier de séances de maquillage gratuites, de démonstrations produits. La grande distribution ouvre elle aussi ses rayons à ces marques.

Il est également possible de retrouver des gammes des marques spécifiques dans les pharmacies ou parapharmacies ; nous pouvons citer ici la marque Mela Aura.

 

Cet élargissement des circuits de distribution confère une certaine « garantie qualité » aux marques de cosmétique ethnique mais surtout une plus grande accessibilité, chose que leur reprochaient leurs clientes.

Il est possible de prédire une concentration du secteur à travers le rachat de petites marques spécifiques par les géants du secteur ; premier pas vers la banalisation de ce qu'on appellera bientôt plus le commerce ethnique.

Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Mardi 21 novembre 2006
Le forum EMA Invest qui vient de se dérouler à Genève m'a donné un sentiment d'optimisme. La diaspora africaine est en effet mobilisée pour aider au développement du continent, forte d'une double culture propre à concilier méthodes internationales et réalités culturelles locales. Le plus enthousiasmant est en fait l'intérêt grandissant des institutions financières pour des projets entrepreneuriaux privés reposant sur la technologie et non sur l'exploitation des matières premières non transformées.
Loin de l'image univoque représentant l'Afrique comme terre de guerres et de famines, il a surtout été question d'opportunités d'affaires et de bonne gouvernance, sans pour autant ignorer les handicaps qui doivent encore être surmontés pour susciter la confiance des investisseurs privés.
Sopi a pu présenter une réflexion sur le développement de marques africaines et ainsi renforcer ses liens avec les professionnels du marketing et de la communication de la diaspora.  L'énergie dégagée lors de ces débats montre qu'il faut savoir sortir des clichés et se positiionner dès maintenant sur des marchés dont  le potentiel de croissance est inestimable.
Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Lundi 13 novembre 2006
La question du politiquement correct traverse maintenant le débat public français et, après avoir fait des gorges chaudes des travers américains, de nombreuses associations n'hésitent plus à dénoncer le caractère sexiste ou raciste de certaines publicités.
Eprouvant personnellement une totale aversion pour les expressions du style "personnes de couleur" ou "préfet musulman" quand elles servent à désigner tout simplement les noirs ou un préfet (qui se trouve être arabe ou berbère, je ne sais plus) et, plus généralement hostile à toute police de la pensée ou du langage, j'éprouve un grand malaise quant à la position à tenir lorsque se présentent à nous des publicités de type Banania.


En effet, ce petit déjeuner qui fleure bon les chansons de Vincent Delerm nous ramène à notre enfance et pour tout dire à notre histoire. Et notre histoire, nous français, est aussi coloniale et ce petit bonhomme, même stylisé façon 2000, en est l'héritier. Lors d'un débat télévisé, je me suis ainsi lancé dans un dialogue de sourds avec Christian Blachas.
Ma position est en l'occurence très simple : cette publicité offense manifestement bon nombre de noirs en ce qu'elle contribue à perpétuer, auprès des plus jeunes, l'image du noir benêt, les yeux grands ouverts avec des lèvres disproportionnées. Cette image fait aussi écho aux 3 marabouts que nous avons pu dénombrer sur les écrans publicitaires l'an dernier. Concepteur de la campagne Virgin Mobile, Frank Tapiro défend ce qu'il considère comme sa liberté de création.
Bizarrement, le marabout anéanmoins disparu de sa publicité (pour être bientôt remplacé par Doc Gynéco...), preuve surtout de l'extrême pauvreté créative de cette campagne.
Alors censurer ? Certainement pas, ce serait le pire. Cette campagne Banania a le droit d'exister tout comme ceux que cette image révulse ont le droit de ne pas consommer le produit. En revanche, il est urgent d'introduire une vision plurielle dans la conception des messages afin de mettre fin à des clivages qui renforcent les divisions de notre société.
Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Vendredi 10 novembre 2006
Le gouvernement vient d'organiser un colloque sur les statistiques ethniques ; il est aisé de s'apercevoir que les lignes bougent et que l'invocation des valeurs de la république ne suffit plus à masquer le besoin d'une connaissance qui permettrait aux politiques de lutte contre les discriminations d'attaquer le problème à la racine. En effet, il importe d'évaluer, d'analyser afin de bénéficier d'un regard sur la société française telle qu'elle est devenue plutôt que de déplorer la disparation d'un pays qui n'a jamais existé que dans les fantasmes.

Contrairement à une croyance très largement répandue, connaître l'origine de nos concitoyens n'est pas interdit par la loi. Il existe en effet 2 méthodes, que nous utilisons, pour réaliser des enquêtes identitaires : garantir l'anonymat des répondants ou recueillir leur accord exprès quant au fait de révéler leurs origines. Ces démarches s'effectuent sous le contrôle étroit de la CNIL, qui a d'ailleurs instruit pendant plus de 6 mois le dossier nous permettant d'effectuer notre dernière enquête.
Par ailleurs, la délivrance d'un récépissé par la CNIL ne nous exonère en rien de nos responsabilités légales relatives à ce type d'enquête.

On le voit, l'encadrement d'une étude "ethnique" demeure extrêmement strict, ce qui a conduit notamment la CNIL a refuser une étude menée sur des critères patronymiques ; décision sage car toute autre méthodologie que l'auto-déclaration conduit à une assignation identitaire aussi choquante moralement qu'inefficace méthodologiquement. Néanmoins, des instituts d'étude parfois réputés continuent à utiliser de tels procédés en toute impunité. Pourquoi dès lors ne pas élaborer un cadre éthique commun à toutes ces enquêtes ?

Une des pierres d'achoppement de ce débat réside en la définition de catégories ethno-raciales. Il est vrai que ces dernières n'obéissent en rien à des considérations objectives mais à des représentations sociales qui varient selon les lieux et les espaces. Ainsi, un "asian" en Grande-Bretagne sera mieux reconnu dans une catégorie "Indo-Pakistanaise" en France. Malgré cela, c'est se cacher derrière son petit doigt que d'arguer de cette difficulté pour refuser le principe de telles statistiques. Il faut offrir un large de choix de catégorie d'identification, permettre les choix multiples et bien entendu les non réponses ; tout cela constituera un corpus d'information des plus utiles.

Pour finir, l'INSEE nous fournit déjà une mine d'information sur la diversité en France ; nous faisons oeuvre de compiler ces travaux. Pourquoi dès lors ne pas lever l'hypocrisie et mettre en place un cadre de travail reconnu par tous, entouré de toutes les garanties nécessaires à nous prémunir contre les dérives qui se font jour en dehors de tout cadre légal.
Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Lundi 6 novembre 2006

Hier encore, le Halal était une notion quasiment inconnue de la « population française », tant le terme en lui-même que ce qui le caractérise. Autant dire que personne ne cherchait à comprendre ou à s'intéresser à ce qui était considéré comme une particularité maghrébine ou musulmane ; l'industrie agro-alimentaire faisait donc abstraction de ce « phénomène » dont l'ampleur s'est avérée croissante. Désormais, le Halal est devenu une industrie à part entière dont les géants de la distribution assurent la promotion, attirant de ce fait les multinationales.



Désormais,  l'alimentation halal  est un secteur économique à part entière :   il fait  l'objet d'études de marché, les  grandes enseignes de la distribution référencent certains produits dont certains sont produits par Nestlé ou Charal. De quoi s'agit-il ?

 

 

 

Quelques définitions

 

Tout d'abord, notons que Halal signifie « licite » en arabe.

Se dit de ce qui est licite, autorisé ou permis par l'islam ; se dit surtout de ce qui touche à la nourriture, et en particulier de la viande d'un animal autorisé qui a été abattu selon les rites de l'islam. L'abattage rituel réside dans la mise à mort de l'animal par égorgement, sans étourdissement  et qui pouvant ainsi être consommé par un musulman.


 

Tous les animaux sont autorisés sauf :

- le porc et ses dérivés, les animaux carnivores,

- les animaux non abattus selon le rite islamique ou mort avant l'abattage,

- le sang et ses dérivés.

 

En outre, les produits alimentaires Halal ne doivent pas contenir d'ingrédients "Haram"  qui soient illicites tels que la gélatine de porc, l'alcool, les graisses animales, comme pour certains produits : bonbons, yaourts, cakes, biscuits, plats préparés etc.

 

Un produit est reconnu comme Halal grâce au terme « halal » inscrit sur le produit, son label ou sa certification. L'essentiel du marché est donc basé aujourd'hui sur cette relation de confiance relative entre le consommateur et le produit « labellisé » Halal.

 

 

 

Le marché Halal en France : chiffres clés

 

Le marché Halal français est estimé en 2003 à 15 millions d'euros avec une progression annuelle d'environ 15%. Nous notions que l'essentiel des ventes serait constitué de produits carnés, le consommateur musulman français consommant deux fois plus de viande en moyenne que le consommateur français non musulman (source ethnic food).

Cependant, cette affirmation devient de moins en moins vraie eut égard aux nombreuses initiatives émanant des acteurs du marché et de la demande sans cesse croissante. Ces consommateurs ont en effet de nouvelles attentes pour leur alimentation Halal et cherchent de plus en plus la diversification.

Les habitudes de consommation : une cohabitation entre tradition et diversité

 

Contrairement à ce que l?on pourrait penser, la consommation de produits Halal n'est pas uniforme mais se particularise en fonction des différents publics. En effet, un immigrant n'aura pas les mêmes besoins ni les mêmes attentes en matière d'alimentation Halal qu'un musulman né en France par exemple. Nous nous devons donc de distinguer légitimement plusieurs cibles avec des besoins spécifiques. Pour cela, nous utliserons les sociostyles sopi.

 

Tout d'abord, les immigrants ou les « Comme au pays ». Relativement à leurs particularités énoncées dans la partie précédente, il est évident de constater que les aliments Halal représentent la majeure partie de leur consommation. Effectivement, ils souhaitent plus que tout conserver les habitudes de consommation de leur pays d'origine et recherchent des produits venus directement du "bled". Pour cela, ils préfèrent s'approvisionner en viande Halal chez leur boucher pour la proximité et la relation de confiance, et dans les magasins dits ethniques pour les autres produits spécifiques. Même si, nous le verrons dans une prochaine partie, la viande Halal devient de plus en plus disponible dans les enseignes de la grande distribution, ces consommateurs seront toujours plus attachés à leurs lieux d'approvisionnement habituels et au lien avec leurs commerçants. Leur consommation Halal présente effectivement un caractère relativement basique dans la mesure où  elle concerne essentiellement des produits carnés.

 

Ensuite, viennent les « Et et », leurs enfants. Ces consommateurs sont friands des bonnes recettes de leur mère mais n'ont  pas le temps ni le savoir-faire pour les préparer. C'est pourquoi ils se tournent vers des produits en conserve ou des plats cuisinés sous vide.  Ils  ne mangent pas toujours halal mais apprécieraient de trouver des plats plus raffinés notamment les recettes françaises traditionnelles.


 

 Les « Révoltés identitaires », s'inscrivent dans cette mouvance urbaine qui cherche sa place dans la société à travers la religion. Ces jeunes influencés par le mode de consommation américain, ce qui n'est pas leur moindre paradoxe, consomment des produits tels que des hamburgers, des pizzas, des nuggets. Une alimentation finalement pas  propre à tout adolescent qui se respecte. Ainsi, pour se procurer ces produits , ils se rendent particulièrement dans les fast-food, les pizzerias ou encore les sandwicheries grecques. Ces « Révoltés identitaires » sont donc musulmans certes mais avec une consommation plus urbaine qu'identitaire.

 

Enfin, il faut nécessairement prendre en considération un tout nouveau style de consommateurs, les « Touristes alimentaires », ceux qui seront à la recherche d'autres horizons culturels, ceux qui éprouveront le désir de découvrir de nouvelles saveurs culinaires typiques et exotiques. La dimension Halal se ressent chez eux parce-qu'ils évolueront dans un environnement qui y sera certainement propice : ils auront des amis consommateurs de Halal, ou encore, tout bêtement, ils résideront dans un quartier musulman. Ces touristes alimentaires n'auront pas spécialement de préférence mais seront réceptifs à toute sorte de produits Halal qui leur procureront l'exotisme et la diversité recherchés. Leur penchant ethnique constitue donc une bonne affaire en terme de business...

 

Vers de nouveaux circuits de distribution?

 

Alors que les seuls lieux d'approvisionnement en produits Halal restaient les magasins ethniques ou les boucheries, on assiste aujourd'hui à une ouverture des circuits de distribution et de « vrais » rayons Halal se dessinent peu à peu dans les hypermarchés. Cela sous-entend de vrais étalages de produits Halal de toute sorte, et non plus des produits dissimulés ça et là entre les produits généralistes. Le Halal s'impose, revendique et gagne sa place chez les grands ! Le phénomène s'observe notamment dans les magasins situés dans les zones d'habitation à forte population musulmane comme Auchan Bagnolet ou Carrefour Montreuil. Une mouvance qui plaît donc aux nouveaux consommateurs Halal à la recherche d'un choix plus large et de plus de disponibilité des produits.

 

 

Pour de nouveaux produits plus spécifiques

 

Au-delà du désir assouvi de retrouver leurs produits classiques dans les circuits de la grande distribution, ces consommateurs plébiscitent des produits alimentaires à l'occidentale mais certifiés Halal. En effet, ils recherchent la nouveauté, la diversification ; ils veulent un choix plus large, des saveurs plus variées et des conditionnements plus adaptés à leurs besoins. Il serait irréaliste de penser que ces consommateurs se contentent du minimum et se satisfont de produits basiques, sans aucune évolution pour leur alimentation.

Le marché malaisien illustre bien ce que doit représenter une offre halal dans un pays développé économiquement.

 

 

Un élargissement de l'offre : marques communautaires et généralistes

 

Bien évidemment, quelques marques communautaires proposant quelques produits Halal typiques sont présentes sur ce marché et se partagent les divers circuits de distribution pour les commercialiser.

 

Chez les grossistes

 

-          Feder et Sébiane qui proposent des raviolis en boite.

-          Dounia avec du ravioli, du navarin de mouton, des saucisses aux haricots ou aux lentilles, ou encore de la choucroute.

 

En grande distribution

 

-          Isla Delice et Isla Mondial avec de la charcuterie Halal (barquette de blancs de dinde à l'estragon, saucisson Halal).

-          Dounia commercialise des conserves (ravioli, saucisses aux haricots).

- Tahira propose des plats surgelés (steaks, nuggets...)

 

 

Les marques généralistes se lancent également sur le marché et élargissent leur offre avec des produits Halal. Elles ont compris qu?il y avait une demande à satisfaire, avec de vrais opportunités et proposent entre autres des plats cuisinés. On distingue :

 

-          Maggi avec des potages et des cubes Halal.

-          Doux, Duc, Charal, Soviba offrent des plats cuisinés Halal à base de viande et de volaille.

 

Et plein de produits en préparation...confidentiels

Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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Vendredi 3 novembre 2006
Le présent blog a pour objectif de réfléchir sur ce que peut être le marketing "ethnique" en France. Il abordera aussi bien des sujets d'actualité que des observations sur les secteurs pour lesquels la dimension identitaire semble déterminante dans les comportments de consommation.  Il convient  tout d'abord de définir  notre champs d'action.

  Tout d’abord, il est devenu très clair que ce nouveau secteur économique ne peut être appréhendé sans porter un regard sur notre société et son acceptation convulsive de sa diversité. A cet égard, il demeure important de distinguer 2 constructions identitaires qui, pour se rejoindre parfois, présentent des natures profondément différentes.



 

La première a trait à l’identité raciale, en général subie, parfois revendiquée, jamais objective. L’évidente inexistence de races biologiques a conduit la France à refuser l’évidence de la significativité de cette construction sociale. Le débat sur les discriminations et leur reconnaissance au plus haut niveau de l’état et des entreprises butte encore sur l’acceptation de la dimension visuelle des mécanismes discriminatoires exercés à l’encontre de ceux dont l’apparence désigne une identité noire ou arabe (nous pourrions dire également berbère mais cette distinction est inopérante dans ce cadre).

Le refus des « instances légitimes » (gouvernements, grandes entreprises, médias) de reconnaître les discriminations comme systémiques – c’est à dire liées à une sorte d’inconscient collectif - plutôt qu’événementielles freine encore le mouvement de connaissance et de reconnaissance des réalités des populations noires ou arabes. Néanmoins, la création du CRAN, les travaux en cours à l’INSEE et à l’INED, fruits des aspirations très majoritaires des populations concernées, contribuent peu à peu à faire sauter la chape de plomb républicaine et sa condescendante bienveillance vis à vis des « minorités ».

Les catégories ethniques correspondent, elles, à des dimensions culturelles précises et qui concernent n’importe quel individu en France comme ailleurs, produit d’un mélange d’un ou plusieurs héritages culturels, des mouvements de son époque et de son cadre de vie ainsi que de sa propre subjectivité.

On peut dès lors être peul, breton, musulman voire tout cela en même temps ; l’espace public se trouvant dès lors face au défini de ne pas enfermer les individus dans leurs identités ; la négation de celles-ci étant de plus en plus perçue comme une forme d’enfermement.

On semble ainsi très loin du marketing et du business, pourtant dès les premiers mois de l’existence de Sopi, il est apparu indispensable au sérieux de notre démarche de nouer des relations étroites avec les universitaires comme avec les acteurs de terrain.


En effet, les grandes généralités sur telle ou telle partie de la population (« les noirs sont comme ci…les musulmans sont comme ça…) sont non seulement souvent choquantes mais aussi totalement inopérantes pour les clients que nous conseillons.

A côté de ce travail, s’est opéré un mouvement plus délicat, ayant fait débat au sein de l’agence, qui m’a poussé à titre personnel mais aussi au nom de Sopi à prendre part au débat politique sur la question de la diversité. Plusieurs risques non négligeables existent en effet quant à ce positionnement ; tout d’abord la suspicion quant aux arrières pensées mercantiles de cet engagement, peur des entreprises face à une image d’entreprise jugée trop militante voire radicale. Il est difficile aujourd’hui de dire si ce choix a été pertinent dans la mesure où les clients potentiels perdus ont peut-être été compensés par une médiatisation qui ne lasse pas de nous surprendre eu égard à la taille encore modeste de notre société.

A vrai dire, ces considérations sont pour moi secondaire au regard de ce que je considère comme étant le cœur de notre activité d’agence de marketing/communication à savoir d’analyser et prévoir les évolutions de notre société, des modes de vie et de consommation. Si certains publicitaires autrement plus illustres que moi reflètent fidèlement la pensée de la place Beauvau et de Neuilly sur Seine, ce qui est certainement plus pertinent pour leur chiffre d’affaires, qu’il soit permis à une petite agence d’apporter un autre éclairage sur la société française. En cela, Sopi va tenir bon en veillant que son engagement ne soit jamais en contradiction avec la rigueur professionnelle que nécessite sa démarche.


Par Jean-Christophe Despres - Publié dans : sopi
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